La nue-propriété immobilière ne génère aucune réduction d’impôt au sens strict du terme. Parler de « défiscalisation » à son sujet constitue un abus de langage répandu, y compris chez des professionnels du patrimoine. L’avantage fiscal repose sur un mécanisme différent : une absence d’imposition courante combinée à une décote d’acquisition.
Nue-propriété et IFI : les exceptions que le marché oublie de mentionner
Le principe de l’article 968 du CGI est connu : dans un démembrement, l’usufruitier déclare le bien en pleine propriété à l’IFI. Le nu-propriétaire n’a donc rien à intégrer dans son assiette taxable. Ce principe fonctionne parfaitement dans le cadre d’un investissement en nue-propriété adossé à un usufruit temporaire détenu par un bailleur institutionnel.
L’erreur fréquente consiste à généraliser cette règle à tous les démembrements. Lorsque le démembrement résulte d’une donation, la situation change radicalement. Dans ce cas, le nu-propriétaire peut être tenu de déclarer sa quote-part à l’IFI, selon la nature de l’usufruit conservé par le donateur et les circonstances juridiques du montage.
Nous observons régulièrement des patrimoines structurés autour de donations avec réserve d’usufruit sans que cette conséquence IFI ait été anticipée. La distinction entre usufruit conventionnel temporaire (acquisition auprès d’un promoteur) et usufruit viager issu d’une donation conditionne entièrement le traitement fiscal. Confondre les deux revient à s’exposer à un redressement.

Déduction des intérêts d’emprunt en nue-propriété : immobilier direct contre SCPI
Financer l’acquisition d’une nue-propriété à crédit ouvre en théorie la possibilité de déduire les intérêts d’emprunt des revenus fonciers existants. Ce levier fiscal fonctionne pour l’immobilier détenu en direct, à condition que le nu-propriétaire dispose par ailleurs de revenus fonciers positifs sur lesquels imputer ces charges.
Pour les parts de SCPI en nue-propriété, la situation est différente. La jurisprudence du Conseil d’État du 24 février 2017 a clarifié le sujet : les intérêts d’emprunt pour acquérir la nue-propriété de parts de SCPI ne sont pas déductibles. Le raisonnement repose sur le fait que le nu-propriétaire de parts de SCPI ne perçoit aucun revenu foncier et ne peut donc imputer aucune charge.
Cette distinction a des conséquences directes sur le montage financier :
- En immobilier direct, un emprunt pour acquérir la nue-propriété génère des intérêts déductibles si le nu-propriétaire déclare d’autres revenus fonciers par ailleurs
- En SCPI, le financement à crédit n’apporte aucun avantage fiscal pendant la période de démembrement, ce qui modifie le calcul de rentabilité globale
- Le choix entre ces deux supports dépend donc de la structure fiscale existante de l’investisseur, pas seulement du rendement attendu à terme
Calcul de la plus-value à la reconstitution de la pleine propriété
À l’extinction de l’usufruit temporaire, le nu-propriétaire récupère la pleine propriété sans imposition supplémentaire. Ce point est souvent présenté comme un avantage majeur, et il l’est. Mais le traitement de la plus-value en cas de revente mérite une analyse plus fine.
Le prix d’acquisition retenu pour le calcul de la plus-value immobilière correspond au prix payé pour la nue-propriété, majoré des frais d’acquisition. La décote initiale ne constitue pas une plus-value taxable à la reconstitution, puisqu’il n’y a pas de cession à ce moment-là. En revanche, si le propriétaire revend après reconstitution, la base de calcul reste le prix d’achat de la nue-propriété.
Concrètement, un bien acquis en nue-propriété avec une décote significative et revendu quelques années après la fin du démembrement peut générer une plus-value importante, calculée sur un prix d’entrée bas. Les abattements pour durée de détention s’appliquent à partir de la date d’acquisition de la nue-propriété, ce qui joue en faveur des démembrements longs.
Revenus fonciers et taxe foncière : répartition réelle des charges fiscales
Pendant toute la durée du démembrement, le nu-propriétaire ne perçoit aucun loyer. Il n’a donc aucun revenu foncier à déclarer au titre de ce bien. Pour un contribuable fortement imposé sur ses revenus fonciers existants, acquérir un bien en nue-propriété ne crée pas de revenus supplémentaires taxables, contrairement à un investissement locatif classique.
La taxe foncière est supportée par l’usufruitier. Dans les montages institutionnels, c’est le bailleur social ou l’opérateur qui prend en charge cette taxe pendant la durée du démembrement. Le nu-propriétaire ne supporte ni charges de gestion, ni taxe foncière, ni travaux d’entretien courant.
Nous recommandons toutefois de vérifier systématiquement la convention de démembrement sur la répartition des travaux. L’article 605 du Code civil distingue les réparations d’entretien (usufruitier) des grosses réparations (nu-propriétaire). Certains contrats aménagent cette répartition différemment.
- Vérifier la clause relative aux grosses réparations dans la convention de démembrement
- Anticiper le coût éventuel de travaux de remise en état à la reconstitution de la pleine propriété
- S’assurer que la convention prévoit une obligation de restitution en bon état par l’usufruitier

Donation en nue-propriété : barème fiscal et abattements applicables
Transmettre un bien en nue-propriété permet de réduire l’assiette des droits de donation. Le barème fiscal de l’article 669 du CGI fixe la valeur de la nue-propriété en fonction de l’âge de l’usufruitier. Plus le donateur est jeune, plus la valeur de la nue-propriété est faible, et donc plus les droits de donation sont réduits.
Ce mécanisme se combine avec les abattements en ligne directe. La donation de la nue-propriété fige la valeur du bien au jour de la transmission. Toute valorisation ultérieure du bien profite au donataire sans taxation complémentaire au moment de la reconstitution de la pleine propriété, au décès de l’usufruitier.
La nue-propriété immobilière fonctionne donc sur deux temporalités fiscales distinctes : une phase de détention sans imposition courante, puis une reconstitution de pleine propriété non taxée. Ce n’est pas une réduction d’impôt, c’est une stratégie d’évitement structurel de l’assiette imposable. La nuance est technique, mais elle change fondamentalement l’analyse patrimoniale.

