Recevoir un terrain gratuitement ressemble à une aubaine, mais la valeur réelle d’une parcelle dépend autant de ce qu’elle cache dans son sol que de sa superficie. Plusieurs bases de données publiques permettent de mesurer les risques environnementaux avant d’accepter une donation. Cet article compare les principales sources d’information disponibles et détaille les passifs environnementaux qui transforment un cadeau en charge financière.
Bases de données environnementales : ce que chaque outil couvre sur un terrain gratuit
Avant d’accepter la donation d’un terrain, croiser plusieurs sources d’information réduit le risque de découvrir une pollution ou une contrainte après le transfert de propriété. Le tableau ci-dessous compare les principaux outils de consultation publique.
| Outil | Données couvertes | Accès | Limite principale |
|---|---|---|---|
| Géorisques (georisques.gouv.fr) | Risques naturels, miniers, technologiques, sismicité, mouvements de terrain | Gratuit, par adresse | Ne couvre pas la pollution des sols d’origine privée |
| SIS (Secteurs d’information sur les sols) | Parcelles où la pollution des sols justifie des restrictions d’usage | Gratuit, via Géorisques | Inventaire non exhaustif, dépend du signalement préfectoral |
| BASIAS / BASOL (maintenant SIS-Infoterre) | Anciens sites industriels et sols pollués connus | Gratuit, portail InfoTerre du BRGM | Historique parfois incomplet pour les activités antérieures aux années 1970 |
| État des risques (ERP) | Synthèse réglementaire (PPRNP, PPRT, PPRM, sismicité, radon, recul du trait de côte) | Obligatoire en cas de vente ou donation | Document déclaratif, ne remplace pas une étude de sol |
L’état des risques est obligatoire lors d’une donation au même titre que lors d’une vente. Le donateur doit le fournir au donataire pour l’informer sur les risques naturels, miniers et technologiques auxquels le bien est exposé.

Pollution des sols et responsabilité du nouveau propriétaire
C’est le risque le moins visible et le plus coûteux. Un terrain donné gratuitement qui a accueilli une activité industrielle, un atelier mécanique, une station-service ou un simple stockage de produits chimiques peut contenir des polluants dans le sol ou la nappe phréatique.
La jurisprudence récente a durci la position des tribunaux sur ce point. Depuis une décision du Conseil d’État du 23 mars 2023, confirmée par un arrêt de la cour administrative d’appel de Paris du 17 janvier 2025 dans l’affaire de la friche industrielle Berthollet en Seine-Saint-Denis, le propriétaire du terrain est considéré comme détenteur des déchets présents sur sa parcelle. Cette qualification s’applique même si l’activité polluante a cessé depuis longtemps et que l’exploitant a disparu.
Accepter la donation d’un terrain pollué expose donc le nouveau propriétaire à des mises en demeure préfectorales et à des travaux de dépollution dont le coût dépasse souvent, et de loin, la valeur foncière du bien.
Vérifications à mener avant d’accepter la donation
- Consulter la fiche SIS de la parcelle sur Géorisques pour vérifier si elle figure dans un secteur d’information sur les sols, ce qui implique des restrictions d’usage
- Rechercher l’historique industriel du terrain sur le portail InfoTerre du BRGM (anciennes bases BASIAS et BASOL) pour identifier d’éventuelles activités classées
- Demander au donateur s’il dispose d’un diagnostic de pollution des sols ou d’un rapport d’étude environnementale, même ancien
- Vérifier auprès de la mairie si le terrain a fait l’objet d’un arrêté préfectoral lié à une installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE)
Un terrain inscrit en SIS impose une étude de sols avant tout changement d’usage. Si le projet du donataire est de construire une habitation sur un terrain anciennement industriel, cette étude devient un préalable non négociable.
Risques naturels et mouvements de terrain : ce que l’état des risques ne détaille pas
L’état des risques réglementaire signale la présence d’un plan de prévention des risques naturels (PPRNP) ou d’une zone de sismicité. En revanche, il ne quantifie pas le niveau de contrainte réel pour un projet de construction.
Un terrain situé dans une zone rouge d’un PPRNP est inconstructible. Un terrain en zone bleue peut être constructible sous conditions, mais ces conditions (surélévation, fondations spéciales, interdiction de sous-sol) alourdissent le budget de construction de façon significative.
Les mouvements de terrain liés au retrait-gonflement des argiles constituent un risque particulièrement répandu. Ce phénomène, aggravé par les sécheresses successives, provoque des fissures sur les constructions et peut rendre un terrain techniquement inadapté à un projet résidentiel classique sans fondations profondes.
La consultation de Géorisques permet de vérifier si la parcelle se trouve dans une zone d’exposition forte, moyenne ou faible au retrait-gonflement des argiles. Une exposition forte ne rend pas le terrain inconstructible, mais impose des techniques de fondation adaptées.

Friches et dépôts sauvages : le passif caché d’un terrain à donner
Un terrain laissé à l’abandon pendant plusieurs années accumule parfois des dépôts sauvages de déchets. Le problème ne se limite pas à l’aspect visuel. Des déchets enfouis (gravats amiantés, bidons de solvants, huiles usagées) peuvent constituer une source de pollution diffuse.
Le maire dispose de pouvoirs pour mettre en demeure le propriétaire d’un terrain laissé en friche de procéder à son nettoyage. Le nouveau propriétaire hérite de cette obligation dès la signature de l’acte de donation. Si des déchets sont découverts après le transfert, c’est le donataire qui reçoit la mise en demeure, pas l’ancien propriétaire.
Un rapport parlementaire de l’Assemblée nationale a d’ailleurs souligné la difficulté de traiter les friches polluées orphelines, où ni l’exploitant ni le propriétaire historique ne sont solvables. Dans ce cas de figure, le nouveau propriétaire se retrouve seul face à la charge financière.
Terrain gratuit et données environnementales : la synthèse des points de vigilance
La gratuité d’un terrain ne supprime pas les obligations réglementaires ni les risques financiers. Trois vérifications structurent l’analyse avant d’accepter une donation :
- L’état des risques réglementaire (ERP), obligatoire, qui couvre les risques naturels, miniers, technologiques, la sismicité et le recul du trait de côte
- La consultation des bases SIS et InfoTerre pour détecter un passé industriel ou une pollution des sols connue
- Une inspection physique du terrain pour repérer des indices de dépôts sauvages, de remblais suspects ou de cuves enterrées
Le passif environnemental voyage avec le titre de propriété. Un terrain donné gratuitement dont le sol est pollué ou dont l’usage est restreint par un plan de prévention peut coûter bien plus cher que sa valeur marchande initiale. La consultation gratuite des données publiques disponibles sur Géorisques et InfoTerre reste le premier réflexe à adopter avant toute signature chez le notaire.

